Un tourisme record avec 160 millions d'arrivées en 2025, les hôtels 5 étoiles en hausse de 46 % depuis 2019

Pourquoi la Sicile s'appelle-t-elle Trinacria ?
Xerones, CC BY 2.0 Wikimedia commons

Le tourisme italien atteint des niveaux records. Selon l'étude Hospitality Snapshot, réalisée par le département Recherche et Intelligence des données de Patrigest (Groupe Gabetti), l'Italie a enregistré plus de 160 millions d'arrivées en 2025, soit une hausse de 15 % par rapport à 2024. Pour la troisième année consécutive, le tourisme international a dépassé le tourisme intérieur, représentant 55 % du total. La contribution du secteur à l'économie nationale s'élève à environ 240 milliards d'euros de PIB et représente 13,2 % de l'emploi. Ces chiffres devraient encore augmenter pour atteindre plus de 282 milliards d'euros et près de 16 % de l'emploi d'ici 2035, selon les estimations d'ENIT.

L'essor des villes et l'avancée du Sud

Les grandes villes sont la catégorie qui a connu la plus forte croissance par rapport à la période pré-pandémique, avec une hausse de 28 % des arrivées par rapport à 2019, et une augmentation de 39 % pour les seuls visiteurs internationaux. Les destinations lacustres ont enregistré une augmentation de 25 % par rapport à 2019, les destinations culturelles et balnéaires ont chacune connu une hausse de 36 % des flux internationaux, et les destinations de montagne une hausse de 33 %. Rome et Milan restent les destinations phares parmi les grandes villes, mais la véritable surprise vient du Sud : Bari et Palerme connaissent une forte croissance parmi les centres urbains, et le Salento s’est imposé comme une destination de vacances de premier plan. Parmi les villes culturelles, Pise arrive en tête en termes d’arrivées, tandis que Lucques est la destination qui a connu la plus forte croissance par rapport à 2019.

Le tourisme étranger dans les grandes villes

Les préférences varient nettement selon l'origine : les grandes villes sont les destinations les plus prisées des étrangers, tandis que les stations balnéaires, qui représentent 29 % des arrivées et 37 % des nuitées, restent les favorites des Italiens. Les transports aérien et ferroviaire gagnent du terrain sur les transports routier et maritime, confirmant le rôle central des infrastructures aéroportuaires et le potentiel du réseau ferroviaire à grande vitesse avec ses liaisons internationales. Parmi les aéroports connaissant la plus forte croissance figurent Naples, Catane, Palerme et Bari, signe de l'émergence de nouvelles destinations touristiques dans le sud de l'Italie.

Les hôtels cinq étoiles ont augmenté de 46 % depuis 2019, mais le segment bas de gamme est en crise

Le secteur hôtelier présente une polarisation marquée. Les hôtels cinq étoiles ont enregistré une hausse exceptionnelle de 46 % par rapport à 2019, confortée par une augmentation de 5 % l'année dernière, ce qui en fait le segment à la croissance la plus rapide. Les hôtels quatre étoiles ont progressé de 13 % par rapport à 2019 (4 % par rapport à 2024) et représentent la plus grande part des lits, soit 38 % du total. À l'autre extrémité du spectre, les établissements une et deux étoiles ont reculé respectivement de 10 % et 9 % par rapport à 2019, dans le contexte d'une crise structurelle qui semble difficilement réversible. Les hôtels trois étoiles conservent leur position dominante en nombre d'établissements, représentant 45 % du total, mais affichent un léger recul à long terme (-0,4 %).

Où se trouvent les hôtels haut de gamme ?

La segmentation géographique est nette : les hôtels haut de gamme quatre et cinq étoiles se concentrent dans les grandes villes d’art et d’affaires, Rome, Milan et Venise, accueillant 57 % de clients étrangers et affichant une durée moyenne de séjour de 3,1 jours, principalement due à la clientèle américaine et allemande. Les hôtels trois étoiles privilégient Bolzano et Trente, avec une clientèle presque égale d’Italiens (55 %) et d’étrangers (45 %). Le segment inférieur est quant à lui fréquenté majoritairement par une clientèle italienne (56 %) et propose des séjours légèrement plus courts.

Environ 270 nouveaux hôtels devraient ouvrir leurs portes d'ici 2029, Rome et Milan représentant respectivement 14 % et 13 % des projets en cours, les marchés les plus dynamiques du pays. Sur les 269 ouvertures prévues entre 2026 et 2029, 39 % concerneront le segment du luxe.

Hébergement non hôtelier : les locations ont augmenté de 33 % depuis 2019 et représentent désormais 89 % des établissements

Le secteur non hôtelier est le plus dynamique de tout le système hôtelier italien. Les locations saisonnières, qu’elles soient gérées par des entrepreneurs ou non, y compris les locations de courte durée sur les plateformes numériques, ont progressé de 33 % par rapport à 2019 et représentent désormais 89 % des hébergements non hôteliers et 61 % des lits disponibles dans l’ensemble du secteur. L’agritourisme et les maisons de vacances (+10 %), ainsi que les campings et villages de vacances (+9 %), sont également en croissance. Malgré leur part plus modeste dans le total des hébergements, ils conservent un rôle significatif en termes de capacité d’hébergement, représentant 26 % des lits disponibles. La progression des chambres d’hôtes (+3 %) est plus modeste.

Locations de courte durée : l'Italie est le troisième marché en importance en Europe

Les données les plus significatives concernent la croissance de la demande étrangère dans le secteur non hôtelier : au cours des vingt dernières années, les arrivées internationales dans ce secteur ont progressé de 382 %, contre 52 % dans le secteur hôtelier. Concernant les locations de courte durée, plus de 144 millions de nuitées ont été réservées via des plateformes en ligne en Europe au cours du premier trimestre 2026, soit une hausse de 10 % sur un an. L’Italie est le troisième marché européen en volume, derrière l’Espagne et la France.

Rentabilité des locations de courte durée

Cependant, la rentabilité des locations de courte durée est inégalement répartie : Venise et Florence figurent parmi les villes les plus rentables, grâce à des tarifs élevés et un taux d’occupation important ; Rome et Milan allient bons volumes et stabilité ; la Sicile et les Pouilles, en revanche, souffrent d’une saisonnalité plus marquée et de niveaux de rentabilité plus faibles.

Investissements : 2,2 milliards en 2025 (quatrième place en Europe), 1,2 milliard au premier semestre 2026

En matière d'investissements institutionnels, l'Italie consolide sa position de quatrième marché européen de l'hôtellerie. En 2025, elle a attiré 2,2 milliards d'euros, soit 9 % du total européen, un marché continental qui a dépassé les 25 milliards d'euros en 2025, son plus haut niveau depuis 2019, avec une hausse de 15 % par rapport à 2024. Le Royaume-Uni domine le marché européen, suivi de l'Espagne.

Au premier semestre 2026, les investissements dans l'hôtellerie italienne ont atteint près de 1,2 milliard d'euros, un chiffre record malgré un recul de 10 % par rapport au premier semestre exceptionnel de 2025. L'hôtellerie a représenté 16 % du volume total des investissements immobiliers institutionnels en Italie au premier semestre 2026, se classant ainsi troisième classe d'actifs après le commerce de détail (33 %) et l'industrie et la logistique (16 %). Environ 85 % des investissements dans le secteur concernaient des établissements quatre et cinq étoiles, confirmant la préférence structurelle des investisseurs pour les segments haut de gamme et de luxe. Près d'un tiers des investissements portaient sur des actifs non opérationnels, des biens destinés à être convertis, rénovés ou développés, soulignant l'intérêt pour les stratégies de valorisation.

Les villes qui stimulent l'investissement

Milan et sa métropole ont dominé le marché de l'hôtellerie, représentant 30 % du total au premier semestre, grâce notamment à l'acquisition par Covivio d'un portefeuille de quatre hôtels pour plus de 200 millions d'euros. Rome a attiré plus de 20 % des investissements, avec deux opérations dépassant 70 millions d'euros, liées à des stratégies de croissance et de valorisation. Parmi les marchés émergents suscitant un intérêt croissant, principalement de la part des opérateurs hôteliers, des clubs hôteliers et des investisseurs privés, se distinguent la côte sicilienne, les stations balnéaires établies du lac de Côme et les destinations alpines de luxe du Trentin-Haut-Adige et du Val d'Aoste.

Perspectives : un tourisme de plus en plus international, des territoires en pleine redéfinition

Pour les années à venir, le tourisme italien s'internationalise de plus en plus : la part des visiteurs étrangers continuera de croître, tandis que la demande intérieure tend à se stabiliser après la forte reprise post-Covid. Un nouvel équilibre se dessine, où la capacité d'attirer les visiteurs étrangers devient un facteur de compétitivité clé pour les destinations et les opérateurs. Selon Gabetti, le changement climatique redéfinira davantage les géographies touristiques, avec un déplacement progressif de la demande vers les intersaisons et les destinations capables d'offrir des expériences durables, accessibles et résilientes. Ceux qui anticipent ces changements seront les mieux placés pour saisir les opportunités du prochain cycle de développement du secteur.