Scarzuola en Ombrie : comment visiter la « ville secrète » la plus mystérieuse d’Italie

Où se situe Scarzuola, comment s'y rendre et à quoi s'attendre : tout pour planifier votre visite de la « ville idéale » de Tomaso Buzzi.
la Scarzuola
Unsplash

Au cœur des forêts ombriennes, loin des circuits touristiques classiques, se cache un ensemble architectural unique en Italie : un ancien couvent franciscain transformé en une surprenante « cité idéale » par l’architecte Tomaso Buzzi : la Scarzuola.

L’accès est payant et uniquement sur réservation. Une visite guidée en français ou en italien (selon les disponibilités) emmène les visiteurs à la découverte de ses symboles, de son théâtre et de son architecture hors norme. C’est une expérience déroutante où le sacré et le profane s’entremêlent, scène après scène, au milieu d’escaliers monumentaux, de théâtres à ciel ouvert et de temples allégoriques.

Où se trouve Scarzuola et comment organiser votre arrivée depuis la France ?

Scarzuola se trouve en Ombrie, dans la commune de Montegabbione, hameau de Montegiove, province de Terni. On est ici à la frontière entre la Toscane (vers le Val d’Orcia) et l’Ombrie, entre le lac Trasimène et le lac de Bolsena : un excellent point de chute pour un road trip en Italie centrale.

Scarzuola est accessible uniquement en voiture : il n’y a pas de transports en commun jusqu’à l’entrée.

Venir depuis la France

  • Aéroports les plus pratiques :
    • Rome Fiumicino / Ciampino (puis 2 h – 2 h 30 de route)
    • Florence (environ 2 h de route)
    • Pérouse (environ 1 h 15 de route)
  • Train jusqu’à Rome, Florence ou Pérouse
    • Gares les plus proches : Fabro-Ficulle, Chiusi-Chianciano Terme
  • Derniers kilomètres : pour accéder à Scarzuola, il est indispensable de louer une voiture pour les trajets finaux.
la Scarzuola
Czechoriche, CC BY-SA 4.0 Wikimedia commons

Comment se déroule une visite à Scarzuola ?

La Scarzuola ne se visite que sur réservation et uniquement avec un guide, via le site officiel.

  • L’accueil est assuré par Marco Solari, neveu de Tomaso Buzzi et propriétaire de Scarzuola, qui accompagne les groupes, surtout en fin de matinée, les week-ends et pendant certaines périodes de vacances
  • La visite dure environ 1 h 30, presque entièrement en extérieur, quelle que soit la météo
  • Le billet coûte 15 € par personne
  • L’intérieur des bâtiments n’est pas accessible au public : tout se concentre sur les espaces extérieurs, les perspectives et le parcours symbolique imaginé par Buzzi

Pensez à prévoir :

  • Chaussures confortables (escaliers, dénivelés, sol parfois irrégulier),
  • Chapeau et eau en été (peu d’ombre continue),
  • Un vêtement chaud à la mi-saison : le site est en pleine nature.

Un lieu entre légende et projet : de Saint François à Tomaso Buzzi

L'histoire de Scarzuola commence en 1218 avec la fondation d'un couvent franciscain à l'endroit même où, selon la tradition, saint François aurait séjourné. Il aurait construit une hutte avec des branches et de la paille de scarza, une plante des marais qui donne son nom au lieu. Une source jaillit à proximité et demeure un objet de dévotion populaire.

Le couvent, dédié à la Très Sainte Annonciation, resta entre les mains des Frères Mineurs Réformés Observants pendant des siècles, jusqu'en 1957. Tomaso Buzzi, grand architecte et designer italien du XXe siècle, acquiert le complexe et le transforme en laboratoire de sa propre « ville idéale ». Entre la fin des années 1950 et 1981, Buzzi construit, autour du noyau sacré, une sorte de machinerie théâtrale volontairement inachevée : théâtres, escaliers, temples, tours, jardins. L’ensemble est pensé comme une seule et immense scène, à explorer avec le regard mais surtout avec l’esprit.

la Scarzuola
Sailko, CC BY 3.0 Wikimedia commons

À l’intérieur de la « ville idéale » de Buzzi : lieux incontournables

La visite commence dans la cour devant l’église, avec son portique et sa grande place entourée d’un mur de pierre. Des reliquaires en terre cuite jalonnent le chemin de croix, tandis que l’abside, fermée au public, abrite une fresque de saint François en lévitation, l’une des plus anciennes représentations du saint.

Ensuite, on entre dans la « ville bourdonnante », guidés par la voix très théâtrale de Marco Solari. Son récit mêle symboles, biographie de Buzzi, références artistiques et réflexions sur le monde contemporain, invitant à chercher le lien entre sacré et profane.

Theatrum Mundi et public-labyrinthe

Au cœur du dispositif, le Theatrum Mundi : un auditorium semi-elliptique composé de deux loges cylindriques face à une grande scène dominée par un oculus circulaire.
Derrière cet oculus, Buzzi avait installé son atelier, pour observer le public sans être vu, comme un metteur en scène caché.

Au premier plan, un visage à la bouche béante, surmonté d’un Soleil et d’une Lune, semble interpeller chaque visiteur.
Le « public » est construit comme un labyrinthe avec une colonne centrale, suggérant un voyage intérieur plus que physique, une métaphore de la vie comme représentation permanente.

la Scarzuola
Sailko, CC BY 3.0 Wikimedia commons

L’Acropole en miniature et le théâtre des Abeilles (Teatro delle Api)

D’un côté de la scène se trouve le Teatro delle Api, seul espace couvert parmi les sept théâtres de Scarzuola. Ses façades extérieures sont décorées d’abeilles, d’étoiles et de cellules hexagonales qui évoquent une ruche. À l’intérieur, des balcons en bois à double gradin sont soutenus par des colonnes en béton, créant une ambiance de petit théâtre intime.

De l’autre côté, la Porte du Ciel ouvre sur une Acropole en miniature. En montant par différents niveaux, on découvre des versions réduites de monuments de l’Antiquité : Parthénon, Colisée, Panthéon, temple de Vesta, arcs de triomphe, tours…
Le tout est compressé dans une ville classique qui change de perspective à chaque pas, comme un collage en trois dimensions.

Figures, temples et passages symboliques

La promenade révèle peu à peu une série d’éléments à forte charge symbolique :

  • La Tour de l’Ange Gardien et du Temps : porte rouge, grande horloge en spirale, silhouette d’ange au sommet. Une évocation à la fois de la protection et du temps qui passe.
  • Le Temple de la Géante et de la Terre Mère : une masse ressemblant à un corps féminin sans tête ni jambes, avec des seins monumentaux et des fils métalliques s'élevant comme du magma ; à l'intérieur, sur plusieurs niveaux, apparaissent des pièces symboliques, telles qu'une « chambre du cœur » et une pièce évoquant les organes génitaux féminins.
  • Deux portails côte à côte mettant en scène deux façons d’essayer de comprendre le monde :
    • Porte de la Science et de la Technologie
    • Porte de l’Art et de la Fantaisie

De la baleine de Jonas à l’échelle de la vie

Un peu à l’écart, dissimulée par les arbres, la Maison Cube apparaît, minimaliste, presque nue, avec sa seule fenêtre carrée et sa petite tourelle émergeant du feuillage, comme un athanor alchimique.

Plus loin, de l’autre côté du Theatrum Mundi, on traverse la Baleine de Jonas, coincée entre des blocs de tuf semblables à des vagues pétrifiées : un passage qui symbolise un retour à soi et conduit à la Tour de la Solitude et de la Méditation, tronquée, ouverte au ciel, hérissée de fenêtres comme des cadres.

De là part l’Escalier de la Vie, qui mène à la Porte de l’Amour (« L’amour triomphe de tout »), puis au Théâtre Vert, vaste bassin herbeux entouré de nymphées et de temples dédiés à la nature féconde.

La visite se conclut au temple d’Apollon, circulaire et étoilé, où se dresse un cyprès foudroyé. En arrière-plan, la Tour de Babel et l’escalier des sept octaves couronné d’une pyramide de verre ferment ce parcours initiatique.

la Scarzuola
Giorgio Montesi CC BY 2.0 Flickr

Prolonger le voyage : séjourner à Montegabbione et explorer l’Ombrie

Le secteur de Montegabbione est un coin de campagne ombrienne encore préservé, idéal pour les voyageurs français qui souhaitent sortir des sentiers battus après Rome, Florence ou Venise.

La situation est stratégique pour explorer :

  • Orvieto, Pérouse, Assise,
  • le Val d’Orcia toscan (Pienza, Montepulciano, Montalcino),
  • les lacs Trasimène et Bolsena.

Scarzuola est ainsi l’étape parfaite à intégrer dans un road trip en Italie centrale, entre Toscane et Ombrie, pour découvrir un visage plus intime, mystérieux et artistique du pays, loin des foules mais au cœur de ce que l’Italie a de plus fascinant.